Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/315

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laisser faire ceux qui seroient assez sots pour cela, & les plaignans qui affluent à sa porte s’en retournent tous sans consolation. Dans une situation pareille à la sienne, se voyant observe de s près, ne devroit-il pas s’attacher à rendre contens de lui tous ceux qui l’abordent, à leur faire perdre à force de douceur & de bonnes manieres, les noires impressions qu’ils ont sur son compte, à substituer dans leurs ames la bienveillance à l’estime qu’il a perdue, & à les forcer au moins à le plaindre, ne pouvant plus l’honorer. Au lieu de cela il concourt par son humeur sauvage & par ses rudes manieres à nourrir, comme à plaisir, la mauvaise opinion qu’ils ont de lui. En le trouvant si dur si repoussant si peu traitable, ils reconnoissent aisément l’homme féroce qu’on leur a peint, & ils s’en retournent convaincus par eux-mêmes, qu’on n’a point exagère son caractere & qu’il est aussi noir que son portait.

Vous me répéterez sans doute que ce n’est point la l’homme que vous avez vu : mais c’est l’homme qu’a vu tout le monde excepte vous seul. Vous ne parlez, dites-vous, que d’après vos propres observations. La plupart de ceux que vous démentez, ne parlent non plus que d’après les leurs. Ils ont vu noir ou vous voyez blanc ; mais ils sont tous d’accord sur cette couleur noire, la blanche ne frappe nuls autres yeux que les votres ; vous êtes seul contre tous ; la vraisemblance est-elle pour vous ? La raison permet-elle de donner plus de à votre unique suffrage qu’aux suffrages unanimes de le public ? Tout est d’accord sur le compte de cet homme vous vous obstinez seul à croire innocent, malgré tant de