Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/317

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


dont il in’a nulle idée. Il ne les honore ni ne les méprise ni ne les conçoit ; il ne fait pas ce que c’est. Son ame incapable de haine aime mieux se reposer dans cette entiere ignorance, que de se livrer par des interprétations cruelles, à des sentimens toujours pénibles à celui qui les éprouve, quand ils ont pour objet des êtres qu’il ne peut estimer. J’approuve cette disposition, & je l’adopte autant que je puis pour m’épargner un sentiment de mépris pour mes contemporains. Mais au fond je me surprends souvent à les juger malgré moi : ma raison fait son office en dépit de ma volonté, & je prends le Ciel à témoin que ce n’est pas ma faute si ce jugement leur est si désavantageux.

Si donc vous faites dépendre votre assentiment au résultat de mes recherches de la solution de votre objection, il y a grande apparence que me laissant dans mon opinion vous resterez dans la votre : car j’avoue que cette solution m’est impossible, sans néanmoins que cette impossibilité puisse détruire en moi la persuasion commencée par la marche clandestine & tortueuse de vos Messieurs, & confirmée ensuite par la connoissance immédiate de l’homme. Toutes vos preuves contraires tirées de plus loin se brisent contre cet axiome qui m’entraîne irrésistiblement, que la même chose ne sauroit être & n’être pas, & tout ce que disent avoir vu vos Messieurs est, de votre propre aveu, entièrement incompatible avec ce que je suis certain d’avoir vu moi-même.

J’en use dans mon jugement sur cet homme comme dans ma croyance en matiere de foi. Je cede à la conviction directe sans m’arrêter aux objections que je ne palis résoudre ; tant