Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/329

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qu’il faisoit à tous furent tournes en autant de satires particulieres dont en fit avec art les plus malignes applications.

Rien n’inspire tant de courage que le témoignage d’un cœur droit, qui tire de la pureté de ses intentions, l’audace de prononcer hautement & sans crainte, des jugemens dictes par le seul amour de la justice & de la vérité : mais rien n’expose en même tems à tant de dangers & de risques de la part d’ennemis adroits, que cette même audace, qui précipité un homme ardent dans tous les piégés qu’ils lui tendent, & le livrant à une impétuosité sans regle, lui fait faire contre la prudence mille fautes ou ne tomba qu’une ame franche & généreuse, mais qu’ils savent transformer en autant de crimes affreux. Les hommes vulgaires, incapables de sentimens élevés & nobles, n’en supposent jamais que d’intéressés dans ceux qui se passionnent, & ne pouvant croire que l’amour de la justice & du bien public puisse exciter un pareil zele, ils leurs controuvent toujours des motifs personnels semblables à ceux qu’ils cachent eux- mêmes sous des noms pompeux, & sans lesquels on ne les verroit jamais s’échauffer sur rien.

La chose qui se pardonne le moins est un mépris mérite. Celui que J. J. avoit marque pour tout cet ordre social prétendu, qui couvre en effet les plus cruels désordres, tomboit bien plus sur la constitution des differens états que sur les sujets qui les remplissent, & qui par cette constitution même sont nécessités à être ils sont. Il avoit toujours fait une distinction judicieuse entre les personnes & les conditions, estimant souvent les premieres quoique livrées à l’esprit de leur état, lorsque le naturel reprenoit de tems à autre quelque