Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/336

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ni à la vertu ni même à la bonté ; il faut être déjà bon soi-même pour croire d’autres hommes meilleurs que soi, & il est presque impossible qu’un homme réellement bon, demeure ou soit reconnu tel dans une génération méchante.

Les cœurs ainsi disposes, tout le reste devint facile. Des-lors vos Messieurs auroient pu sans aucun détour, persécuter ouvertement J. J. avec l’approbation publique, mais ils n’auroient assouvi qu’à demi leur vengeance, & se compromettre vis-à-vis de lui, étoit risquer d’être découverts. Le système qu’ils ont adopte, remplit mieux toutes leurs vues & prévient tous les inconvéniens. Le chef-d’œuvre de leur art a été de transformer en menagemens pour leur victime, les précautions qu’ils ont prises pour leur sûreté. Un vernis d’humanité couvrant la noirceur du complot, acheva de séduire le public, & chacun s’empressa de concourir à cette bonne œuvre ; il est si doux d’assouvir saintement une passion & de joindre au venin de l’animosité le mérite de la vertu ! Chacun se glorifiant en lui-même de trahir un infortune, se disoit avec complaisance ; "ah que je suis généraux ! C’est pour son bien que je le diffame, c’est pour le protéger que je l’avilis ; & l’ingrat loin de sentir mon bienfait s’en offense ! mais cela ne m’empêchera pas d’aller mon train & de le servir de la sorte en dépit de lui." Voilà comment sous le prétexte de pourvoir à sa sûreté, tous en s’admirant eux-mêmes, se sont contre lui les satellites de vos Messieurs, &, comme écrivoit J. J. à M***.

[Dusaulx] sont si fiers d’être des traîtres. Concevez-vous qu’avec une pareille disposition d’esprit, on puisse être équitable & voir les choses comme elles sont ? On verroit