Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/371

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“Je n’ai nul dessein de m’étendre ici sur la vanité de la médecine. Mon objet n’est de la considérer que par le cote moral. Je ne puis pourtant m’empêcher d’observer que les hommes sont sur son usage les mêmes sophismes que sur la recherche de la vérité : ils supposent toujours qu’en traitant une maladie on la guérit, & qu’en cherchant une vérité on la trouve. Ils ne voyent pas qu’il faut balancer l’avantage d’une guérison que le médecin opère par la mort de cent malades qu’il a tues, & l’utilité d’une vérité découverte par le tort que sont les erreurs qui s’établissent en même tems. La science qui instruit & la médecine qui guérit sont fort bonnes sans doute ; mais la science qui trompe & la médecine qui tue sont mauvaises. Apprenez-nous donc à les distinguer. Voila le nœud de la question. Si nous savions ignorer la vérité, nous ne serions jamais les dupes du mensonge : si nous savions ne vouloir pas guérir malgré la nature, nous ne mourrions jamais par la main du médecin. Ces deux abstinences seroient sages ; on gagneroit évidemment à s’y soumettre. Je ne disconviens pas que la médecine ne soit utile à quelques hommes ; mais je dis qu’elle est nuisible au genre-humain.”

“On me dira comme on fait sans cesse que les fautes sont du médecin, mais que la médecine en elle-même est infaillible. À la bonne heure ; mais qu’elle vienne donc sans le médecin ; car tant qu’ils viendront ensemble, il y aura cent fois plus à craindre des erreurs de l’artiste qu’a espere des secours de l’art." Emile L. 1.

6. "Vis selon la nature, sois patient & chasse les médecins.