Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/392

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comme lui ; en le copiant même ils le dénaturent par la maniere de l’encadrer. Il est bien aise de contrefaire le tour de ses phrases ; ce qui est difficile à tout autre est de saisir ses idées & d’exprimer ses sentimens. Rien n’est si contraire à l’esprit philosophique de ce siecle, dans lequel ses faux imitateurs retombent toujours.

Dans cette seconde lecture, mieux ordonnée & plus réfléchie que la premiere, suivant de mon mieux le fil de ses méditations, j’y vis par-tout le développement de son grand principe que la nature a fait l’homme heureux & bon, mais que la société le dépravé & le rend misérable. L’Emile en particulier, ce livre tant lu si peu entendu & si mal apprécie n’est qu’un traite de la bonté originelle de l’homme, destine à montrer comment le vice & l’erreur, étrangers à sa constitution, s’y introduisent du dehors & l’alterent insensiblement. Dans ses premiers écrits il s’attache davantage à détruire ce prestige d’illusion qui nous donne une admiration stupide pour les instrumens de nos miseres, & à corriger cette estimation trompeuse qui nous sait honorer des talens pernicieux & mépriser des vertus utiles. Par-tout il nous fait voir l’espece humaine meilleure plus sage & plus heureuse dans sa constitution primitive, aveugle misérable & méchante à mesure qu’elle s’en éloigne. Son but est de redresser l’erreur de nos jugemens pour retarder le progrès de nos vices, & de nous montrer que là ou nous cherchons la gloire & l’éclat, nous ne trouvons en effet qu’erreurs & miseres.

Mais la nature humaine ne rétrograde pas & jamais on ne remonte vers les tems d’innocence &d’égalité quand une fois