Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/393

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on s’en est éloigne ; c’est encore un des principes sur lesquels il a le plus insiste. Ainsi son objet ne pouvoir être de ramener les peuples nombreux ni les grands États à leur premiere simplicité, mais seulement d’arrêter, s’il étoit possible, le progrès de ceux dont la petitesse & la situation les ont préservés d’une marche aussi rapide, vers la perfection de la société & vers la détérioration de l’espece. Ces distinctions meritoient d’être faites & ne l’ont point été. On s’est obstine à l’accuse de vouloir détruire les sciences les arts les théâtres les académies & replonger l’univers dans sa premiere barbarie, & il a toujours insiste au contraire sur la conservation des institutions existantes, soutenant que leur destruction ne feroit qu’ôter les palliatifs en laissant les vices, & substituer le brigandage à la corruption. Il avoit travaille pour si patrie & pour les petits États constitues comme elle. Si sa doctrine pouvoit être aux autres de quelque utilité, c’étoit en changeant les objets de leur estime & retardant peur-être ainsi leur décadence qu’ils accélérant par leurs fausses appréciations. Mais malgré ces distinctions si souvent & si fortement réputées, la mauvaise foi des gens de lettres, & la sottise de l’amour-propre qui persuade à chacun que c’est toujours de lui qu’on s’occupe, lors même qu’on n’y pense pas, ont fait que les grandes nations ont pris pour elles ce qui n’avoit pour objet que les petites républiques, & l’on s’est obstine à voir un promoteur de bouleversemens & de troubles dans l’homme du monde qui porte un plus vrai respect aux loix & aux constitutions nationales, & qui a le plus d’aversion pour les révolutions & pour les ligueurs de toute espece, qui la lui rendent bien.