Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/415

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pour qu’il ne puisse leur échapper en aucune sorte, décèlent avec leurs alarmes la cause qui les entretient & les perpétue : elles ne peuvent plus cesser quoiqu’ils fassent ; vivant ou mort il les inquiétera toujours, & s’il aimoit la vengeance il en auroit une bien assurée dans la frayeur dont, malgré tant de précautions entassées, ils ne cesseront plus d’être agites.

Voilà le contrepoids de leurs succès & de toutes leurs prospérités. Ils ont employé toutes les ressources de leur art pour faire de lui le plus malheureux des êtres ; à force d’ajouter moyens sur moyens ils les ont tous épuises, & loin de parvenir à leurs fins ils ont produit l’effet contraire. Ils ont fait trouver à J. J. des ressources en lui-même qu’il ne connoîtroit pas sans eux. Après lui avoir fait le pis qu’ils pouvoient lui faire, ils l’ont mis en état de n’avoir plus rien à craindre ni d’eux ni de personne, & de voir avec la plus profonde indifférence tous les evenemens humains. Il n’y a point d’atteinte sensible à son ame qu’ils ne lui aient portée ; mais en lui faisant tout le mal qu’ils lui pouvoient faire ils l’ont force de se réfugier dans des asyles ou il n’est plus en leur pouvoir de pénétrer. Il peut maintenant les défier & se moquer de leur impuissance. Hors d’état de le rendre plus malheureux, ils le deviennent chaque jour davantage, envoyant que tant d’efforts n’ont abouti qu’à empirer leur situation & adoucir la sienne. Leur rage devenue impuissante n’a fait que s’irriter en voulant s’assouvir.

Au reste il ne doute point que malgré tant d’efforts, le tems ce lève enfin le voile de l’imposture & ne découvre