Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/454

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


depuis quinze ans à l’envi de traitemens pires que la mort & d’indignités inouies jusqu’ici parmi les humains, sans avoir pu jamais en apprendre au moins la cause. Toute explication m’est refusée, toute communication m’est ôtée, je n’attends plus des hommes aigris par leur propre injustice qu’affronts mensonges & trahisons. Providence éternelle, mon seul espoir est en toi ; daigne prendre mon dépôt sous ta garde & le faire tomber en des mains jeunes & fidelles, qui le transmettent exempt de fraude à une meilleure génération ; qu’elle apprenne, en déplorant mon sort, comment fut traite par celle-ci un homme sans fiel & sans fard, ennemi de l’injustice, mais patient a l’endurer, & qui jamais n’a fait ni voulu ni rendu de a mal à personne. Nul n’a droit, je le sais, d’espérer un miracle, pas même l’innocence opprimée & méconnue. Puisque tout doit rentrer dans l’ordre un jour, il suffit d’attendre. Si donc mon travail est a perdu, sil doit être livre à mes ennemis & par eux détruit ou défigure, comme cela paroît inévitable, je n’en compterai pas moins sur-ton œuvre, quoique j’en ignore l’heure & les moyens, & après avoir fait, comme je l’ai du, mes efforts pour y concourir, j’attends avec confiance, je me repose sur ta justice, & me résigne à ta volonté."