Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/464

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à mon désespoir, ne m’affecta point comme les précédens. En m’apprenant que mon sort étoit sans ressources, il m’apprit à ne plus lutter contre la nécessite. Un passage de l’Emile que je me rappellai me fit renter en moi-même & m’y fit trouver ce que j’avois cherche vainement au -dehors. Quel mal t’a fait ce complot ? Que t’a-t-il ôte de toi ? Quel membre t’a-t-il mutile ? Quel crime t’a-t-il fait commettre ? Tant nue les hommes n’arracheront pas de ma poitrine le cœur qu’elle enferme pour y substituer, moi vivant, celui d’un mal-honnête homme, en quoi pourront-ils altérer changer détériorer mon être ? Ils auront beau faire un J. J. à leur mode, Rousseau, restera toujours le même en dépit d’eux.

N’ai -je donc connu la vanité de l’opinion que pour me remettre son joug aux dépens de la paix de mon ame & du repos de mon cœur ? Si les hommes veulent me voir autre que je ne suis, que m’importe ? L’essence de mon être est-elle dans leurs regards ? S’ils abusent & trompent sur mon compte les générations suivantes, que m’importe encore ? Je n’y serai plus pour être victime de leur erreur. S’ils empoisonnent & tournent à mal tout ce que le désir de leur bonheur m’a fait dire & faire d’utile, c’est à leur dam & non pas au mien. Emportant avec moi le témoignage de ma conscience