Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/466

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de leurs outrages au point d’en tomber dans l’abattement & presque dans le désespoir. Comme s’il étoit au pouvoir des hommes de changer la nature des choses, & de m’ôter les consolations dont rien ne peut dépouiller l’innocent ! Et pourquoi donc est-il nécessaire a mon bonheur éternel qu’ils me connoissent & me tendent justice ? Le Ciel n’a-t-il donc nul autre moyen de rendre mon ame heureuse & de la dédommager des maux qu’ils m’ont fait souffrir injustement ? Quand la mort m’aura tire de leurs mains saurai-je & m’inquiéterai-je de savoir ce qui se passe encore a mon égard sur la terre ? À l’instant que la barrière de l’éternité s’ouvrira devant moi, tout ce qui est en déca disparoîtra pour jamais, & si je me souviens alors de l’existence du genre-humain, il ne sera pour moi des cet instant même que comme n’existant, deja plus.

J’ai donc pris enfin mon parti tout-a-sait ; détache de tout ce qui tient a la terre & des insensés jugemens des hommes, je me résigne a être a jamais défigure parmi eux, sans en moins compter sur le prix de mon innocence & de ma souffrance. Ma félicite doit être d’un autre ordre ; ce n’est plus chez eux que je dois la cher-cher, & il n’est pas plus en leur pouvoir de l’empêcher que de la connoître. Destine a être dans cette vie la proie de l’erreur & du mensonge, j’attends l’heure de