Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/75

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de trouver ce qu’ils cherchoient & prirent à loisir les mesures les plus sures pour ne pas perdre leurs peines.

Ils se concertèrent donc pour éclairer toutes ses allures de maniere que rien ne leur pût échapper. Il les avoit mis lui-même sûr la voie par la déclaration d’une faute grave qu’il avoit commise & dont il leur confia le secret sans nécessité sans utilité, non comme disoit l’hypocrite pour ne rien cacher à l’amitié & ne pas paroitre à leurs yeux meilleur qu’il n’était ; mais plutôt, comme ils disent très-sensément eux-mêmes, pour leur donner le change, occuper ainsi leur attention, & les détourner de vouloir pénétrer plus avant dans le mystère obscur de son caractere. Cette étourderie de sa part sut sans doute un coup du Ciel qui voulut forcer le fourbe à se démasquer lui-même, ou du moins à leur fournir la prise dont ils avoient besoin pour cela. Profitant habilement de cette ouverture pour tendre leurs piégés autour de lui, ils passerent aisément de sa confidence à celle des complices de sa faute desquels ils se firent bientôt autant d’instrumens pour l’exécution de leur projet. Avec beaucoup d’adresse, un peu d’argent & de grandes promesses, ils gagnèrent tout ce qui l’entouroit & parvinrent ainsi par degrés à être instruits de ce qui le regardoit aussi bien & mieux que lui-même. Le fruit de tous ces soins sut la découverte & la preuve de ce qu’ils avoient présent si-tôt que ces livres firent du bruit, savoir que ce grand prêcheur de vertu n’étoit qu’un monstre charge de crimes caches, qui depuis quarante ans masquoit l’ame d’un scélérat sous les dehors d’un honnête homme.