Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/76

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Rousseau.

Continuez de grace. Voila vraiment des choses surprenantes que vous me racontez-la.

Le François.

Vous avez vu en quoi consistoient ces découvertes. Vous pouvez juger de l’embarras de ceux qui les avoient faites. Elles n’étoient pas de nature à pouvoir être tues & l’on n’avoit pas pris tant de peines pour rien ; cependant quand il n’y auroit eu à les publier d’autre inconvénient que d’attirer au coupable les peines qu’il avoir méritées, c’en étoit assez pour empêcher ces hommes généreux de l’y vouloir exposer. Ils devoient ils vouloient le démasquer mais ils ne vouloient pas le perdre, & l’un sembloit pourtant suivre nécessaire l’autre. Comment le confondre sans le punir ? Comment l’épargner sans se rendre responsable de la continuation de ses crimes : car pour du repentir ils savoient bien qu’ils devoient point attendre de lui. Ils savoient ce qu’ils devoient a la justice à la vérité à la sûreté publique, mais ils ne savoient pas moins ce qu’ils se devoient à eux-mêmes. Après avoir eu le malheur de vivre avec ce scélérat dans l’intimité, ils ne pouvoient le livrer à la vindicte publique sans s’exposer à quelque blâme, & leurs honnêtes ames, pleines encore de commisération pour lui, vouloient sûr-tout éviter le scandale, & faire qu’aux yeux de toute la terre il leur dut son bien-être & sa conservation. Ils concertèrent donc soigneusement leurs démanches & résolurent de graduer si bien le développement de leurs découvertes, que la connoissance ne s’en répondit