Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/117

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jusqu’aux vices, ne travaillez pas à conserver à vos peuples la férocité, mais choisissez les bras de vos armées dans la partie de vos sujets la moins polie, la plus barbare, la moins vertueuse, vous n’aurez encore que trop à choisir, quelque protection que vous accordiez aux Sciences & aux Arts ; mais cherchez la tête qui doit conduire ces bras, cherchez -là au temple de Minerve, Déesse des armes & de la sagesse tout ensemble, parmi ces sujets dont l’ame aussi éclairée que forte, ne connoît plus les grandes passions que pour les transformer en grandes vertus, ne ressent plus ces mouvemens impétueux de la nature, que pour les employer à entreprendre & à exécuter les plus grandes choses.

Des notions que je viens de donner du courage, & je les crois très-saines, & prises dans la nature ; il résulte qu’une armée toute faite d’un peuple policé, une armée toute composée de Bourgeois, d’Artisans, de Grammairiens, de Rhéteurs, de Musiciens, de Peintres, de Sculpteurs, d’Académiciens du premier mérite même, & de la vertu la plus pure, seroit une armée fort peu redoutable. Telle étoit apparemment en partie celle que les Chinois, les Egyptiens, très-savans & très-policés, ont opposée aux incursions des Barbares ; mais cette armée, toute pitoyable qu’elle est, n’est telle que parce qu’elle est composée d’un trop grand nombre d’honnêtes gens, d’un trop grand nombre de gens humains & raisonnables, de gens qui disent....

Est un grand fou qui de la vie

Fait le plus petit de ses soins,