Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/119

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en deux classes ; l’une sans naissance, sans éducation, & qu’en conséquence on désigne par des épithetes qui marquent qu’elle a peu de sentimens, peu d’honneur & de probité ; l’autre bien née & instruite de toutes les parties des Sciences & des Arts qui entrent dans la belle éducation, & que pour cette raison on regarde comme la classe des honnêtes gens.

  • Je n’ose parler de ces Nations heureuses — ils ne portera point de chausses ! Quand on a vu le portrait que notre Orateur fait des désordres que cause l’art de polir les nations, & d’y établir l’harmonie ; on fait ce qu’on doit penser des portraits flatteurs que Montagne nous a laissés des Barbares.

D’un pinceau délicat l’artifice agréable

Du plus affreux objet, fait un objet aimable.

Boileau, art Poetiq.

Mais que tous ces raisonnemens s’évanouissent bientôt dès qu’on les approfondit. Les mots de pure nature, de simple nature, de Sauvages gouvernés uniquement par elle ; le regne d’Astrée, les mœurs du siecle d’or, sont des expressions qui présentent à l’imagination les plus belles idées ; c’est grand dommage qu’il n’y ait, dans tous ces tours fleuris que de l’imagination. Il n’est point dans la vraie nature que la race humaine toute brute soit meilleure que quand elle est cultivée ; je l’ai déjà prouvé ; je vais confirmer cette vérité par une nouvelle preuve qui auroit trop chargé la note déjà sort ample donnée sur cet article. Toute la question de la prééminence entre les anciens & les modernes étant une sois bien entendue, dit M. de Fontenelle, se réduit à savoir si les arbres qui étoient autrefois