Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/121

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comment donc pourroit-il s’en trouver d’assez peu raisonnables, pour avancer que cet Art, loin d’être utile à ces fruits, tend au contraire à les rendre moins abondans & moins bons ? Voilà pourtant exactement le cas de ceux qui soutiennent que les Sciences & les Arts, la culture de l’esprit & du cœur, introduisent chez nous la dépravation des mœurs.

On peut penser qu’il y a des hommes nés avec tant de lumieres, tant de talens, une si belle ame, que la culture leur devient inutile. Si vous y réfléchissez, vous conviendrez que les plus heureux naturels, ces hommes mêmes qu’on doit choisir pour greffer sur les autres, si l’on peut dire ; ceux-là, dis-je, ont encore besoin de culture, ou au moins on ne sauroit nier, qu’ils ne deviennent encore plus vertueux, plus capables, plus utiles, s’ils sont cultivés par les Sciences & les Arts, comme l’arbre du meilleur acabit devient plus fertile & plus excellent encore, s’il est placé dans le terrain qui lui est plus convenable, dans l’espalier le mieux exposé, & s’il est, pour ainsi dire, traité par le jardinier le plus habile.

Fortes creantur fortibus & bonis.

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Doctrine sed vim promovet insitam,

Rectique cultus pectora roborant.

Horat. od. IV. L. IV.

Appuyons ces raisonnemens du suffrage d’un homme dont les lumieres & le jugement méritent des égards. "J’avoue," dit Cicéron, "qu’il y a eu plusieurs hommes d’un mérite supérieur, sans science, & par la seule forcé de leur naturel