Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/167

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


l’avoit enveloppé... il l’a élevé au-dessus de lui-même ; il a porté par l’esprit jusques dans les régions célestes ; & ce qui est plus grand & plus difficile, il l’a fait rentrer en soi-même, pour y étudier l’homme, & connoître sa nature, ses devoirs, & sa fin. L’Europe, continue notre Orateur, étoit retombée dans la barbarie des premiers âges. Les peuples de cette partie du monde aujourd’hui si éclairée, vivoient, il y a quelques siecles, dans un état pire que l’ignorance.... Il falloit une révolution pour ramener les hommes au sens commun. Le Citoyen de Geneve exhorte les Rois à appeller les savans à leurs conseils ; il regarde comme compagnes les lumieres & la sagesse, & les savans comme propres à enseigner la derniere aux peuples. Les lumieres, les Sciences, ces étincelles de la Divinité, sont donc faites pour l’homme ; & le fruit qu’ils en retirent, est la vertu.

Eh ! pourquoi cette émanation de la sagesse suprême ne conviendroit-elle pas à l’homme ? Pourquoi lui deviendroit-elle nuisible ? Avons-nous un modele à suivre plus grand, plus sublime que la Divinité ? Pouvons-nous nous égarer sous un tel guide, tant que nous nous renfermerons dans la science de la religion & des mœurs, dans celle de la nature, & dans l’art d’appliquer celle-ci aux besoins & aux commodités de la vie ? Trois especes de connoissances destinées à l’homme par son Auteur même. Comment donc oser dire qu’elles ne sont pas faites pour lui, quand l’Auteur de toutes choses a décidé le contraire ? Il a l’esprit trop borné pour y faire de grands progrès ; ce qu’il y en sera, sera toujours autant d’effacé de ses imperfections, autant d’avancé dans le chemin glorieux