Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/198

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on a emprunté ceux de saint Athanase,de saint Augustin & des autres Peres de l’Eglise ; on s’est déguisé sous ceux d’Alexandre, de César, de Charlemagne & de Louis XIV. Est-ce faire déshonneur à Messieurs de Dijon de les mettre à la suite de ces noms fameux ? Et ces déguisemens, je le répete, ayant été affectés par les plus grands hommes de tous les siecles, ne m’est-il pas bien doux de partager avec eux & avec les Sciences & les Arts, dont ils sont l’honneur, l’anathême émané du tribunal de l’Académie de Dijon ?

Je conviens qu’un Auteur qui mettroit sous le compte d’un autre des infamies, feroit une fausseté indigne d’un homme de Lettres. Mais bien loin que l’Académie de Dijon puisse rien me reprocher de pareil, elle ne sauroit désavouer que de tous les illustres Auteurs déguisés, pas un seul n’a eu un but plus louable & plus honnête que celui que je me suis proposé dans cet innocent stratagême ; car, malgré la colere qui a ces Messieurs, quels reproches me sont-ils ? J’ai cru, selon eux, intéresser le public dans une querelle qui n’a que trop duré ; c’est-à-dire, j’ai cru intéresser le public en faveur des Sciences & des Arts dans la guerre que leur a déclaré l’Académie de Dijon ; guerre qui n’a que trop duré, sans doute, parce qu’elle a dû donner à ces Messieurs des regrets de l’avoir suscitée. J’ai cru laisser entrevoir à ce public quelque semence de division dans la société de Dijon ; & qu’il y avoir parmi ces Messieurs quelqu’un d’assez peu soumis à leur décision pour croire que ces Sciences & ces Beaux-Arts ; loin de corrompre les mœurs, les rendent plus pures & plus parfaites.

J’avoue que l’Académie de Dijon a deviné juste ; oui, j’ai