Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/223

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sages & plus heureuses. Tandis que la plus grande partie du monde étoit inconnue, que l’Europe étoit sauvage, & l’Asie esclave, la Grece pensa, & s’éleva par l’esprit à tout ce qui peut rendre un peuple recommandable. Des Philosophes formerent ses mœurs & lui donnerent des loix.

Si l’on refuse d’ajouter soi aux traditions qui nous disent que les Orphée & les Amphion attirerent les hommes du fond des forêts par la douceur de leurs chants, on est forcé, par l’histoire, de convenir que cette heureuse révolution est due aux Arts utiles & aux Sciences. Quels hommes étoient-ce que ces premiers Législateurs de la Grece ? Peut-on nier qu’ils ne fussent les plus vertueux & les plus savans de leur siecle ? Ils avoient acquis tour ce que l’étude & la réflexion peuvent donner de lumiere à l’esprit ; & ils y avoient joint les secours de l’expérience par les voyages qu’ils avoient entrepris en Crete, en Egypte, chez toutes les nations où ils avoient cru trouver à s’instruire.

Tandis qu’ils établissoient leurs divers systêmes de politique, par qui les passions particulieres devenoient le plus sur instrument du bien public, & qui faisoient germer la vertu du sein même de l’amour-propre ; d’autres Philosophes écrivoient sur la morale, remontoient aux premiers principes des choses, observoient la nature & ses effets. La gloire de l’esprit & celle des armes, avançoient d’un pas égal ; les sages & les héros naissoient en foule ; à côté des Miltiade & des Thémistocle, on trouvoit les Aristide & les Socrate. La superbe Asie vit briser ses forces innombrables, contre une poignée d’hommes que la Philosophie conduisoit à la gloire. Tel est l’infaillible