Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/224

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effet des connoissances de l’esprit : les mœurs & les loix sont la seule source du véritable héroïsme. En un mot, la Grece dut tout aux Sciences, & le reste du monde dut tout à la Grece.

Opposera-t-on à ce brillant tableau les mœurs grossieres des Perses & des Scythes ? J’admirerai, si l’on veut, des peuples qui passent leur vie à la guerre ou dans les bois, qui couchent sur la terre, & vivent de légumes. Mais est- ce parmi eux qu’on ira chercher le bonheur ? Quel spectacle nous présenteroit le genre-humain, composé uniquement de laboureurs, de soldats, de chasseurs & de bergers ? Faut-il donc, pour être digne du nom d’homme, vivre comme les lions & les ours ? Erigera-t-on en vertus, les facultés de l’instinct pour se nourrir, se perpétuer & se défendre ? Je ne vois là que des vertus animales, peu conformes à la dignité de notre être ; le corps est exercé, mais l’ame esclave ne fait que ramper & languir.

Les Perses n’eurent pas plutôt fait la conquête de l’Asie, qu’ils perdirent leurs mœurs ; les Scythes dégénérerent aussi, quoique plus tard : des vertus si sauvages sont trop contraires à l’humanité, pour être durables ; se priver de tout & ne desirer rien, est un état trop violent ; une ignorance si grossiere ne fauroit être qu’un état de passage. Il n’y a que la stupidité & la misere qui puissent y assujettir les hommes.

Sparte, ce phénomene politique, cette république de soldats vertueux, est le seul peuple qui ait eu la gloire d’être pauvre par institution & par choix. Ses loix si admirées avoient pourtant de grands défauts. La dureté des maîtres & des peres