Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/225

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l’exposition des enfans, le vol autorisé, la pudeur violée dans l’éducation & les mariages, une oisiveté éternelle, les exercices du corps recommandés uniquement, ceux de l’esprit proscrits & méprisés, l’austérité & la férocité des mœurs qui en étoient la suite, & qui aliénerent bientôt tous les alliés de la république, sont déjà d’assez justes reproches : peut-être ne se borneroient-ils pas là, si les particularités de son histoire intérieure nous étoient mieux connues. Elle se fit une vertu artificielle en se privant de l’usage de l’or, mais que devenoient les vertus de ses citoyens, si-tôt qu’ils s’éloignoient de leur Patrie ? Lysandre & Pausanias n’en furent que plus aisés à corrompre. Cette nation qui ne respiroit que la guerre, s’est-elle fait une gloire plus grande dans les armes que sa rivale, qui avoit réuni toutes les sortes de gloire ? Athenes ne fut pas moins guerriere que Sparte ; elle fut de plus savante, ingénieuse & magnifique ; elle enfanta tous les Arts & tous les talens ; & dans le sein même de la corruption qu’on lui reproche, elle donna le jour au plus sage des Grecs. Après avoir été plusieurs fois sur le point de vaincre, elle fut vaincue, il est vrai, & il est surprenant qu’elle ne l’eût pas été plutôt, puisque l’Attique étoit un pays tout ouvert, & qui ne pouvoir se défendre que par une très-grande supériorité de succès. La gloire des Lacédémoniens fut peu solide ; la prospérité corrompit leurs institutions, trop bizarres pour pouvoir se conserver long-tems : la fiere Sparte perdit ses mœurs comme la savante Athenes. Elle ne fit plus rien depuis qui fût digne de sa réputation : & tandis que les Athéniens & plusieurs autres villes luttoient contre la Macédoine, pour la liberté de