Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/226

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la Grèce, Sparte seule languissoit dans le repos, & voyoit préparer de loin sa destruction, sans songer à la prévenir.

Mais enfin je suppose que tous les états dont la Grec étoit composée, eussent suivi les mêmes loix que Sparte, que nous resteroit-il de cette contrée si célèbre ? À peine son nom seroit parvenu jusqu’a nous. Elle auroit dédaigné de former des historiens, pour transmettre sa gloire à la postérité ; le spectacle de ses farouches vertus eût été perdu pour nous : il nous feroit indifférent par conséquent qu’elles eussent existé ou non. Ces nombreux systêmes de Philosophie qui ont épuisé toutes les combinaisons possibles de nos idées qui, s’ils n’ont pas étendu beaucoup les limites de notre esprit, nous ont appris du moins où elles étoient fixées ; ces chefs-d’œuvre d’éloquence & de poésie qui nous ont enseigné toutes les routes du cœur ; les arts utiles ou agréables, qui conservent ou

embellissent la vie ; enfin l’inestimable tradition des pensées & des actions de tous les grands hommes, qui ont fait la gloire ou le bonheur de l’humanité : toutes ces précieuses richesses de l’esprit eussent été perdues pour jamais. Les siecles se seroient accumulés, les générations des hommes se seroient succédées comme celles des animaux, sans aucun fruit pour leur postérité, & n’auroient laissé après elles qu’un souvenir confus de leur existence ; le monde auroit vieilli, & les hommes seroient demeurés dans une enfance éternelle.

Que prétendent enfin les ennemis de la science ? Quoi ! le don de penser seroit un présent funeste de la Divinité ! Les connoissances & les mœurs seroient incompatibles ! La vertu seroit un vain fantôme produit par un instinct aveugle ; & le