Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/240

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de leur félicité & de celle d’autrui : quelques-uns fréquentoient les Cours & les assemblées publiques pour rendre leur sagesse utile aux rois & aux peuples. Un seul homme n’est pas tous : un seul esprit, un seul systême n’enferme pas toute la science, c’est par la comparaison des extrêmes, que l’on saisit enfin le juste milieu ; c’est par le combat des erreurs qui s’entre-détruisent, que la vérité triomphe : ces diverses parties se modifient, s’élevent & se perfectionnent mutuellement ; elles se rapprochent enfin, pour former la chaîne des vérités ; les nuages se dissipent, & la lumiere de l’évidence se levé.

Je ne dissimulerai cependant pas que les Sciences ont rarement atteint l’objet qu’elles s’étoient proposé. La métaphysique vouloit connoître la nature des esprits, & non moins utile, peut-être, elle n’a fait que nous développer leurs opérations : le physicien a entrepris l’histoire de la nature, & n’a imaginé que des romans ; mais en poursuivant un objet chimérique, combien n’a-t-il pas fait de découvertes admirables ? La chymie n’a pu nous donner de l’or ; & sa folie nous a valu d’autres miracles dans ses analyses & ses mélanges. Les Sciences sont donc utiles jusques dans leurs écarts & leurs déréglemens ; il n’y a que l’ignorance qui n’est jamais bonne à rien. Peut-être ont-elles trop élevé leurs prétentions. Les anciens à cet égard paroissoient plus sages que nous : nous avons la manie de vouloir procéder toujours par démonstrations ; il n’y a si petit professeur qui n’ait ses argumens & ses dogmes, & par conséquent ses erreurs & ses absurdités. Cicéron & Platon traitoient la Philosophie en dialogues ;