Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/241

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chacun des interlocuteurs faisoit valoir son opinion ; on disputoit, on cherchoit, & on ne se piquoit point de prononcer. Nous n’avons peut-être que trop écrit sur l’évidence ; elle est plus propre à être sentie qu’à être définie : mais nous avons presque perdu l’art de comparer les probabilités & les vraisemblances, & de calculer le degré de consentement qu’on leur doit. Qu’il y a peu de choses démontrées ! & combien n’y en a-t-il pas, qui ne. sont que probables ! Ce seroit rendre un grand service aux hommes que de donner une méthode pour l’opinion.

L’esprit de systême qui s’est long-tems attaché à des objets où il ne pouvoit presque que nous égarer devroit régler l’acquisition, l’enchaînement & le progrès de nos idées : nous avons besoin d’un ordre entre les diverses sciences, pour vous conduire des plus simples aux plus composées, & parvenir ainsi à construire une espece d’observatoire spirituel, d’où nous puissions contempler toutes nos connoissances ; ce qui est le plus haut degré de l’esprit.

La plupart des sciences ont été faites au hasard ; chaque Auteur a suivi l’idée qui le dominoit, souvent sans savoir où elle devoit le conduire : un jour viendra où tous les livres seront extraits & refondus, conformément à un certain systême qu’on se sera formé ; alors les esprits ne seront plus de pas inutiles, hors de la route & souvent en arriere. Mais quel est le génie en état d’embrasser toutes les connoissances humaines, de choisir le meilleur ordre pour les présenter à l’esprit ? Sommes-nous assez avancés pour cela ? Il est du moins glorieux de le tenter : la nouvelle Encyclopédie doit former une époque mémorable dans l’histoire des Lettres.