Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/243

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mais sur l’abus qu’on en peut faire : Socrate étoit chef d’une secte qui enseignoit à douter, & il censuroit, avec justice, l’orgueil de ceux qui prétendoient tout savoir. La vraie science est bien éloignée de cette affection. Socrate est ici témoin contre lui-même ; le plus savant des Grecs ne rougissoit point de son ignorance. Les Sciences n’ont donc pas leurs sources dans nos vices ; elles ne sont donc pas toutes nées de l’orgueil humain ; déclamation vaine, qui ne peut faire illusion qu’à des esprits prévenus.

On demande, par exemple, ce que deviendroit l’histoire, s’il n’y avoit ni guerriers, ni tyrans, ni conspirateurs ? Je réponds, qu’elle seroit l’histoire des vertus des hommes. Je dirai plus ; si les hommes étoient tous vertueux, ils n’auroient plus besoin, ni de juges, ni de magistrats, ni de soldats. À quoi s’occuperoient-ils ? Il ne leur resteroit que les Sciences & les Arts. La contemplation des choses naturelles, l’exercice de l’esprit sont donc la plus noble & la plus pure fonction de l’homme.

Dire que les Sciences sont nées de l’oisiveté, c’est abuser visiblement des termes. Elles naissent du loisir, il est vrai ; mais elles garantissent de l’oisiveté. Le citoyen que ses besoins attachent à la charrue, n’est pas plus occupé que le géometre ou l’anatomiste ; j’avoue que son travail est de premiere nécessité : mais sous prétexte que le pain est nécessaire, faut-il que tout le monde se mette à labourer la terre ? & parce qu’il est plus nécessaire que les loix, le laboureur sera-t-il élevé au-dessus du magistrat ou du ministre ? Il n’y a point d’absurdités où de pareils principes ne puissent nous conduire.