Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/244

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Il semble, nous dit-on, qu’on ait trop de laboureurs, & qu’on craigne de manquer de Philosophes. Je demanderai à mon tour, si l’on craint que les professions lucratives ne manquent de sujets pour les exercer. C’est bien mal connoître l’empire de la cupidité ; tout nous jette dès notre enfance dans les conditions utiles ; & quels préjugés n’a-t-on pas à vaincre, quel courage ne faut-il pas, pour oser n’être qu’un Descartes, un Newton, un Locke ?

Sur quel fondement peut-on reprocher aux Sciences d’être nuisibles aux qualités morales ? Quoi ! l’exercice du raisonnement, qui nous a été donne pour guide ; les Sciences mathématiques, qui, en renfermant tant d’utilités relatives à nos besoins présens, tiennent l’esprit si éloigné des idées inspirées par les sens & par la cupidité ; l’étude de l’antiquité, qui fait partie de l’expérience, la premiere science de l’homme ; les observations de la nature, si nécessaires à la conservation de notre être, & qui nous élevent jusqu’à son Auteur : toutes ces connoissances contribueroient à détruire les mœurs ! Par quel prodige opéreroient-elles un effet si contraire aux objets qu’elles se proposent ? Et on ose traiter d’éducation insensée celle qui occupe la jeunesse de tout ce qu’il y a jamais eu de noble & d’utile dans l’esprit des hommes ! Quoi, les ministres d’une religion pure & sainte, à qui la jeunesse est ordinairement confiée parmi nous, lui laisseroient ignorer les devoirs de l’homme & du citoyen ! Suffit- il d’avancer une imputation si injuste, pour la persuader ? On prétend nous faire regretter l’éducation des Perses ; cette éducation fondée sur des principes barbares, qui donnoit un gouverneur pour