Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/287

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


s’est permise dans un siecle encore à demi barbare, nous paroît peu digne aujourd’hui d’une ville aussi philosophe. Nous osons l’inviter à substituer à ce monument injurieux & grossier, une inscription plus vraie, plus noble & plus simple. Pour les Catholiques, le Pape est le chef de la véritable Eglise ; pour les Protestans sages & modérés, c’est un Souverain qu’ils respectent comme Prince sans lui obéir ; mais dans un siecle tel que le nôtre, il n’est plus l’Antechrist pour personne.

Geneve, pour défendre sa liberté contre les entreprises des Ducs de Savoye & de ses Evêques, se fortifia encore de l’alliance de Zurich, & sur -tout de celle de la France. Ce fut avec ces secours qu’elle résista aux armes de Charles Emanuel, & aux trésors de Philippe II, Prince dont l’ambition, le despotisme, la cruauté & la superstition, affurent à sa mémoire l’exécration de la postérité. Henri IV qui avoir secouru Geneve de trois cents soldats, eût bientôt après besoin lui-même de son secours ; elle ne lui fut pas inutile dans le tems de la ligue & dans d’autres occasions : de-là sont venus les privileges dont les Genevois jouissent France comme les Suisses.

Ces peuples voulant donner de la célébrité à célébrité à leur ville, y appellerent Calvin, qui jouissoit avec justice d’une grande réputation ; homme de Lettres du premier ordre, écrivant en latin aussi bien qu’on le peut faire dans une langue morte, & en François avec une pureté son singuliere pour son tems ; cette pureté que nos habiles grammairiens admirent encore aujourd’hui, rend ses écrits bien supérieurs à presque tous