Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/35

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


ténebres, & violemment enclin au mal, pourquoi le priver d’un rayon de lumiere dont il a besoin pour découvrir la vérité, d’une étincelle de feu qui peut l’embraser de l’amour de la vertu ? La témérité ne sera donc plus réfrénée par les exemples que fournit l’histoire, les délices pures de la chaste & divine poésie ne dissiperont plus les charmes trompeurs d’une poésie licencieuse, les sophismes ne seront plus foudroyés par les traits d’une éloquence mâle & solide ? Ainsi l’honnête homme sans savoir & sans avoir de quoi se défendre, restera exposé aux attentats des voleurs ? Quelle horrible inhumanité !

Qu’on cessé de vanter l’ignorance, comme si elle avoit la forcé d’étouffer dans l’ame le germe des passons, de même que les froid brûle l’herbe des champs. N’est-il pas plus raisonnable de penser, que comme les reptiles les plus vénimeux naissent dans les solitudes arides & incultes, de même l’ignorance est la source seconde des plus affreux désordres ?

Parcourons le monde entier : est-il un pays, un coin de la terre, qui n’ait été le théâtre des ravages de l’ignorance ? Comment vivent aujourd’hui les nations barbares ? Peindrai-je la fureur à laquelle elles s’abandonnent pour le plus vil intérêt, qui les porte à se percer mutuellement avec des flêches empoisonnées ? Vous dirai -je..... Mais il seroit impossible de détailler tant d’horreurs. Rappellez ce que vous en avez lu, rassemblez ce que l’histoire raconte de ces malheureux siecles, si célebres par le regne de l’ignorance ; vous ne compterez jamais, vous n’imaginerez pas même toutes les guerres, tous les fléaux, tous les forfaits que ce monstre a enfantés. Le nombre & l’atrocité de ses attentats échapperent à toute votre