Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/411

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AVERTISSEMENT.

J’ai eu le malheur autrefois de refuser des vers à des personnes que j’honorois, & que je respectois infiniment, parce que je m’étois désormais interdit d’en faire. J’ose espérer cependant que ceux que je publie aujourd’hui ne les offenseront point ; & je crois pouvoir dire, sans trop de rafinement, qu’ils sont l’ouvrage de mon cœur, & non de mon esprit. Il est même aisé de s’appercevoir que c’est un enthousiasme impromptu, si je puis parler ainsi, dans lequel je n’ai gueres songé à briller. De fréquentes répétitions dans les pensées, & même dans les tours, & beaucoup de négligence dans la diction, n’annoncent pas un homme fort empressé de la gloire d’être un bon poete. Je déclare de plus que si l’on nie trouvé jamais à faire des vers galons, ou de ces sortes de belles choses qu’on appelle des jeux d’esprit, je m’abandonne volontiers à toute l’indignation que j’aurai méritée.

Il faudroit m’excuser auprès de certaines gens d’avoir loué ma bienfaitrice, & auprès des personnes de mérite, de n’en avoir pas assez dit de bien ; le silence que je garde à l’égard des premiers n’est pas sans fondement : quant aux autres, j’ai l’honneur de les assurer que je serai toujours infiniment satisfait de m’entendre faire le même reproche.

Il est vrai qu’en félicitant Madame de W * * *. sur son penchant à faire du bien, je pouvois m’étendre sur beaucoup, d’autres vérités non moins honorables pour elle. Je n’ai point