Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/415

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Cent fois ont essayé de m’ôter vos bontés :
Ils ne connoissent pas le bien que vous goûtez,
En faisant des heureux, en essuyant des larmes :
Ces plaisirs délicats pour eux n’ont point de charmes.
De Tite & de Trajan les libérales mains
N’excitent dans leurs cœurs que des ris inhumains.
Pourquoi faire du bien dans le siecle où nous sommes ?
Se trouvé-t-il quelqu’un dans la race des hommes
Digne d’être tiré du rang des indigens ?
Peut-il, dans la misere, être d’honnêtes gens ?
Et ne vaut-il pas mieux employer ses richesses
A jouir des plaisirs qu’à faire des largesses ?
Qu’ils suivent à leur gré ces sentimens affreux,
Je me garderai bien de rien exiger d’eux.
Je n’irai pas ramper, ni chercher à leur plaire ;
Mon cœur fait, s’il le faut, affronter la misere,
Et plus délicat qu’eux, plus sensible à l’honneur,
Regarde de plus près au choix d’un bienfaiteur.
Oui, j’en donne aujourd’hui l’assurance publique,
Cet écrit en sera le témoin authentique,
Que si jamais ce sort m’arrache à vos bienfaits,
Mes besoins jusqu’aux leurs ne recourront jamais.
Laissez des envieux la troupe méprisable
Attaquer des vertus dont l’éclat les accable.
Dédaignez leurs complots, leur haine, leur fureur ;
La paix n’en est pas moins au fond de voire cœur,
Tandis que vils jouets de leurs propres furies,
Alimens des serpens dont elles sont nourries,