Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/417

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Et prétend affranchir de ses plus justes loix
Ceux qu’elle fait jouir de ses plus riches droits.
Ah ! s’il t’avoit suffi de te rendre terrible,
Quel autre, plus que toi, pouvoit être invincible,
Quand l’Europe t’a vu, guidant tes étendards,
Seul entre tous ses rois briller aux champs de Mars !
Mais ce n’est pas assez d’épouvanter la terre ;
Il est d’autres devoirs que les soins de la guerre ;
Et c’est par eux, grand roi, que ton peuple aujourd’hui,
Trouvé en toi son vengeur, son pere & son appui.
Et vous, sage Warens, que ce héros protège,
En vain la calomnie en secret vous assiége,
Craignez peu ses effets, bravez son vain courroux,
La vertu vous défend, & c’est assez pour vous :
Ce grand roi vous estime, il connoît votre zele,
Toujours à sa parole il fait être fidele,
Et pour tout dire, enfin, garant de ses bontés,
Votre cœur vous répond que vous les méritez.
On me connoit assez, & ma muse sévere
Ne fait point dispenser un encens mercenaire ;
Jamais d’un vil flatteur le langage affecté
N’a souillé dans mes vers l’auguste vérité.
Vous méprisez vous-même un éloge insipide,
Vos sinceres vertus n’ont point l’orgueil pour guide.
Avec vos ennemis convenons, s’il le faut,
Que la sagesse en vous n’exclut point tout défaut.
Sur cette terre hélas ! telle est notre misere,
Que la perfection n’est qu’erreur & chimere !