Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/422

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EPITRE À M. BORDES.


Toi qu’aux jeux du Parnasse Apollon même guide,
Tu daignes exciter une muse timide ;
De mes foibles essais jugé trop indulgent,
Ton goût à ta bonté celle en m’encourageant.
Mais hélas ! je n’ai point, pour tenter la carriere,
D’un athlete animé l’assurance guerriere,
Et, dès les premiers pas, inquiet & surpris,
L’haleine m’abandonne & je renonce au prix.
Bordes, daigne juger de toutes mes alarmes,
Vois quels sont les combats, & quelles sont les armes,
Ces lauriers sont bien doux, sans doute, à remporter ;
Mais quelle audace à moi d’oser les disputer !
Quoi ! j’irois ; sur le ton de ma lyre critique,
Et prêchant durement de tristes vérités,
Révolter contre moi les lecteurs irrités !
Plus heureux, si tu veux, encor que téméraire,
Quand mes foibles talens trouveroient l’art de plaire,
Quand des sifflets publics, par bonheur préservés,
Mes vers des gens de goût pourroient être approuvés ;
Dis-moi, sur quel sujet s’exercera ma muse ?
Tout poëte est menteur, & métier l’excuse ;
Il fait en mots pompeux faire d’un riche un fat,
D’un nouveau Mécénas un pilier de l’Etat.
Mais moi, qui connois peu les usages de France,