Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/424

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D’exercer mes talens à chanter votre gloire,
A vous éterniser au temple de mémoire ;
Et quand mes foibles vers n’y pourroient arriver,
Ces noms si respectés sauront les conserver.


Mais pourquoi m’occuper d’une vaine chimere :
Il n’est plus de sagesse où regne la misere :
Sons le poids de la faim le mérite abattu
Laissé en un triste cœur éteindre la vertu.
Tant de pompeux discours sur l’heureuse indigence
M’ont bien l’air d’être nés du sein de l’abondance :
Philosophe commode, on a toujours grand soin
De prêcher des vertus dont on n’a pas besoin.


Bordes, cherchons ailleurs des sujets pour ma muse,
De la pitié qu’il fait souvent le pauvre abuse ;
Et décorant du nom de sainte charité
Les dons dont on nourrit sa vile oisiveté,
Sous l’aspect des vertus que l’infortuné opprime,
Cache l’amour du vice le penchant au crime.
J’honore le mérite aux rangs les plus abjects ;
Mais je trouvé à louer peu de pareils sujets.


Non, célébrons plutôt industrie,
Qui fait multiplier les douceurs de la vie,
Et salutaire à tous dans ses utiles soins,
Par la route du luxe appaise les besoins.
C’est par cet art charmant que sans cessé enrichie
On voit briller au loin ton heureuse patrie.* [*La ville de Lyon.]