Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/43

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l’oubli. L’ignorance triomphera : mais quel bien en résultera-t-il ? Si l’on proscrit les Sciences & les Arts, le monde entier retombe dans le cahos.

Dans cette supposition l’homme seroit réduit à une condition bien plus triste que celle à laquelle les exposerent jamais les inconvéniens qu’entraîne l’abus des Lettres. Nous sommes donc redevables aux Lettres de plusieurs avantages inestimables malgré les abus dont on les accuse. Mais ces abus en quoi consistent-ils, & les Lettres en sont-elles véritablement responsables ! c’est ce qui nous reste à examiner.

SECONDE PARTIE.

On peut abuser de la Science comme de la Religion ; mais ces abus mêmes en caractérisant notre foiblesse démontrent sensiblement la nécessité de l’une & de l’autre. Il ne s’agit donc pas de savoir s’il est des gens qui fassent servir les Lettres à de mauvais usages, mais uniquement si elles s’y prêtent d’elles-mêmes, si elles sont pernicieuses de leur nature. Nos adversaires soutiennent l’affirmative, & nous croyons les avoir suffisamment réfutés par l’exposition de ce principe certain : que la science est la source de toutes sortes de biens, comme l’ignorance est la source de tout mal.

On nous conteste cette vérité, qu’on veut faire passer pour une subtilité métaphysique, dont on appelle à l’histoire & à l’expérience ; on croit pouvoir prouver par les faits que le luxe & l’irréligion doivent leur établissement & leurs progrès