Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/441

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VERS


A Mademoiselle Th. qui ne parloit jamais à l’auteur que de musique.


Sapho, j’entends ta voix brillante
Pousser des sons jusques aux cieux,
Ton chant nous ravit, nous enchante,
Le maure ne chante pas mieux.
Mais quoi ! toujours des chants ! crois-tu que l’harmonie
Seule ait droit de borner tes soins & tes plaisirs ;
Ta voix, en déployant sa douceur infinie,
Veut en vain sur ta bouche arrêter nos desirs :
Tes yeux charmans en inspirent mille autres,
Qui méritoient bien mieux d’occuper tes loisirs ;
Mais tu n’es point, dis -tu, sensible à nos soupirs,
Et tes goûts ne sont point les nôtres.
Quel goût trouves-tu donc à de frivoles sons ?
Ah ! sans tes fiers mépris, sans tes rebuts sauvages,
Cette bouche charmante auroit d’autres usages,
Bien plus délicieux que de vaines chansons.
Trop sensible au plaisir, quoique tu puisses dire,
Parmi de froids accords tu sens peu de douceur,
Mais entre tous les biens que ton ame desire,
En est-il de plus doux que les plaisirs du cœur ?
Le mien est délicat, tendre, empressé, fidele,
Fait pour aimer jusqu’au tombeau.
Si du parfait bonheur tu cherches le modele,
Aime-moi seulement & laisse-là Rameau.