Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/461

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pain y est passable, à la vérité ; mais il n’y a ni bœuf, ni vache, ni beurre ; on n’y mange que de mauvais mouton, & du poisson de mer en abondance, le tout toujours apprêté à l’huile puante. Il vous seroit impossible de goûter de la soupe ou des ragoûts qu’on nous sert à ma pension, sans vomir. Je ne veux pas m’arrêter davantage là-dessus ; car si je vous disois les choses précisément comme elles sont, vous seriez en peine de moi, bien plus que je ne le mérite. En second lieu, l’air ne me convient pas autre paradoxe, encore plus incroyable que les précédens ; c’est pourtant la vérité. On ne sauroit disconvenir que l’air de Montpellier ne soit fort pur, & en hiver assez doux. Cependant le voisinage de la mer le rend à craindre, pour tous ceux qui sont attaqués de la poitrine ; aussi y voit-on beaucoup de phtisiques. Un certain vent, qu’on appelle ici le marin, amene de tems en tems des brouillards épais & froids, chargés de particules salines & âcres, qui sont fort dangereuses. Aussi, j’ai ici des rhumes, des maux de gorge & des esquinancies, plus souvent qu’à Chambéry. Ne parlons plus de cela, quant à présent : car si j’en disois davantage, vous n’en croiriez pas un mot. Je puis pourtant protester que je n’ai dit que la vérité. Enfin, un troisieme article, c’est la cherté ; pour celui -là je ne m’y arrêterai pas, parce que je vous en ai parlé précédemment, & que je me prépare à parler de tout cela plus au long en traitant de Montpellier. Il suffit de vous dire, qu’avec l’argent comptant que j’ai apporté, & les 200 livres que vous avez eu la bonté de me promettre, il s’en faudroit beaucoup qu’il m’en restât actuellement autant devant moi, pour prendre