Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/471

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LETTRE VII.

Venise, 5 Octobre 1743.

Quoi ! ma bonne maman, il y a mille ans que je soupire sans recevoir de vos nouvelles & vous souffrez que je reçoive des lettres de Chambéry qui ne soient pas de vote. J’avois eu l’honneur de vous écrire à mon arrivée à Venise ; mais dès que notre ambassadeur & notre directeur des postes seront partis pour Turin, je ne saurai plus par où vous écrire, car il faudra faire trois ou quatre entrepôts assez difficiles ; cependant les lettres dussent-elles voler par l’air, il faut que les miennes vous parviennent, & sur-tout que je reçoive des vôtres, sans quoi je suis tout-à-fait mort. Je vous ferai parvenir cette lettre par la voie de M. l’ambassadeur d’Espagne qui, j’espere, ne me refusera pas la grâce de la mettre dans son paquet. Je vous supplie, maman, de faire dire à M. Dupons que j’ai reçu sa lettre, & que je ferai avec plaisir tout ce qu’il me demande, aussi-tôt que j’aurai l’adresse du marchand qu’il m’indique. Adieu, ma très-bonne & très-chere maman. J’écris aujourd’hui à M. de Lautrec exprès pour lui parler de vous. Je tâcherai de faire qu’on vous envoie, avec cette lettre, une adresse pour me faire parvenir les vôtres ; vous ne la donnerez à personne ; mais vous prendrez seulement les lettres de ceux qui voudront m’écrire, pourvu qu’elles ne soient pas volumineuses, afin que M. l’ambassadeur d’Espagne n’ait pas à se plaindre de mon indiscrétion à en charger ses courriers.