Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/479

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


alimens sortent tels que je les ai pris, il a fallu renoncer même au ris qui m’avoit été prescrit, & je suis réduit à me priver presque de toute nourriture, & par-dessus tout cela d’une foiblesse inconcevable.

Cependant le besoin me chasse de la chambre, & je me propose de faire demain ma premiere sortie ; peut-être que le grand air & un peu de promenade me rendront quelque chose de mes forces perdues. On m’a conseillé l’usage de l’extrait de genievre, mais il est ici bien moins bon & beaucoup plus cher que dans nos montagnes.

Et vous, ma chere maman, comment êtes-vous à présent ? Vos peines ne sont-elles point calmées ? n’êtes-vous point appaisée au sujet d’un malheureux fils, qui n’a prévu vos peines que de trop loin, sans jamais les pouvoir soulager ? Vous n’avez connu ni mon cœur ni ma situation. Permettez-moi de vous répondre ce que vous m’avez dit si souvent, vous ne me connoîtrez que quand il n’en sera plus tems.

M. Léonard a envoyé savoir de mes nouvelles, il y a quelque tems. Je promis de lui écrire, & je l’aurois fait si je n’étois retombé malade précisément dans ce tems-là. Si vous jugiez à propos, nous nous écririons à l’ordinaire par cette voie. Ce seroit quelques ports de lettres, quelques affranchissemens épargnés dans un tems où cette lésine est presque de nécessité. J’espere toujours que ce tems n’est pas pour durer éternellement. Je voudrois bien avoir quelque voie sure pour m’ouvrir à vous sur ma véritable situation. J’aurois le plus grand besoin de vos conseils. J’use mon esprit & ma santé, pour tâcher de me conduire avec sagesse dans ces circonstances