Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/481

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lieu de faire des chansons à mes ennemis, je leur fais des articles de dictionnaires : l’un vaudra bien l’autre & durera plus long-tems.

Voilà, ma chere maman, quelle seroit l’excuse de ma négligence, si j’en avois quelqu’une de recevable auprès de vous : mais je sens bien que ce seroit un nouveau tort de prétendre me justifier. J’avoue le mien en vous en demandant pardon. Si l’ardeur de la haine l’a emporté quelques instans dans mes occupations sur celles de l’amitié, croyez qu’elle n’est pas faite pour avoir long-tems la préférence dans un cœur qui vous appartient. Je quitte tout pour vous écrire : c’est-là véritablement mon état naturel.

En vous envoyant une réponse à la derniere de vos lettres, celle que j’avois reçue de Geneve, je n’y ajoutai rien de ma main ; mais je pense que ce que je vous adressai étoit décisif & pouvoit me dispenser d’autre réponse, d’autant plus que j’aurois eu trop à dire.

Je vous supplie de vouloir bien vous charger de mes tendres remercîmens pour le frere, & de lui dire que rentre parfaitement dans ses vues & dans ses raisons, & qu’il ne me manque que les moyens d’y concourir plus réellement. Il faut espérer qu’un tems plus favorable nous rapprochera de séjour, comme la même façon de penser nous rapproche de sentiment.

Adieu, ma bonne maman, n’imitez pas mon mauvais exemple, donnez-moi plus souvent des nouvelles de votre santé, & plaignez un homme qui succombe sous un travail ingrat.