Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/499

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qui, sur la fin, ont jugé à propos de prendre celui de Sourgel & le rang de gens de qualité, je n’ai jamais su précisément ce qui en étoit. Ce qu’il y a de très-certain, c’est que je n’en ai eu de preuve, ni même d’indice que leur parole. Ils ont paru dans un fort triste équipage, chargés de dettes, sans un sou ; & comme j’ai fait une espece de liaison avec la femme qui venoit quelquefois chez moi, & à qui j’avois été assez heureuse pour rendre quelques services, ils se sont présentés à moi pour implorer mon secours, me priant de leur faire quelques avances qui pussent les mettre en état d’acquitter leurs dettes, & de se rendre à Paris. Il falloit bien qu’ils n’eussent pas entendu dire alors que je fusse si avidement intéressée, & que je me mêlasse de vendre le faux pour le fin, puisqu’ils se sont adressés à moi préférablement à tout ce qu’il y a d’honnêtes gens ici. En effet, je suis la seule personne qui ait daigné les regarder, & j’ose bien attester que, de la maniere qu’ils s’y étoient montrés, ils auroient très-vainement fait d’autres tentatives. Je crois qu’ils n’ont pas eu lieu d’être mécontens de la façon dont je me suis livrée à eux. Je l’ai fait, j’ose le dire, de bonne grace & noblement. N’ayant pas comptant l’argent dont ils avoient besoin, je l’ai emprunté, avec la peine qu’ils savent, & à gros intérêts, quoique j’eusse pris un terme très-court, parce qu’ils promettoient de me payer d’abord à leur arrivée à Paris. Vous voyez cependant, Monsieur, par toutes mes lettres, que je ne me suis jamais avisé de leur rien demander de cet intérêt ; & je réitere encore que je leur en fais présent sort volontiers ; très-contente, s’ils vouloient bien ne pas me chicaner sur le capital.