Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/503

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m’a été vendu par une dame de mérite, laquelle je me garderai bien de régaler d’un compliment semblable à celui de Madame de Sourgel. J’ose espérer que ses basses insinuations ne trouveront pas beaucoup de prise, où mon nom a seulement l’honneur d’être connu.

Madame de Sourgel m’accuse d’en agir mal avec elle. Est-ce en mal agir que d’attendre près de deux ans un argent prêté dans une telle occasion ? Ne m’avoit-elle pas promis restitution dès l’instant de son arrivée ? Ne l’ai-je pas priée en grace plusieurs fois de vouloir me payer, du moins par faveur, en considération des embarras où mes avances m’ont jettée ? Ne lui ai-je pas écrit nombre de lettres pleines de cordialité & de politesse, qui lui peignant l’état des choses au naturel, auroient dû lui faire tirer de l’argent des pierres plutôt que de rester en arriere à cet égard ? Ne l’ai -je pas avertie & fait avertir plusieurs fois en dernier lieu, de la nécessité où ses retards m’alloient jetter, de recourir aux protections pour me faire payer ? Quel si grand mal lui ai-je donc fait ? Personne ne le sait mieux que vous, Monsieur ; assurément, s’il doit retomber de la honte sur une de nous deux, ce n’est pas à moi de la supporter.

Voilà, Monsieur, ce que j’avois à répondre aux invectives de cette dame. Je ne me pique pas d’accompagner mes phrases de tours malins, ni de fausses accusations, mais je me pique d’avoir pour témoins de ce que j’avance toutes les personnes qui me connoissent, toutes celles qui ont connu ici Monsieur & Madame de Sourgel, & même tout Chambéry. Je ne me hâte pas de rassembler des témoignages peu favorables