Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/51

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de son culte. Il permit que les Lettres détruisissent l’idolâtrie par l’idolâtrie même, dont elles dévoilerent l’absurdité, & firent ainsi triompher la Religion de la maniere la plus glorieuse & la plus éclatante.

Fidelles a l’obligation où elles sont de suivre constamment la voix de la vérité & les étendards de la vertu, les Lettres n’avouent pour disciples que les gens de bien qui combattent à leur côté contre la licence & l’irréligion. Ceux qui, séduits par les faux attraits de la volupté & du mensonge, abusent de leur génie & de leurs talens, pour faire tomber les autres dans les mêmes piéges, sont autant de déserteurs qu’elles méconnoissent, & dont elles abhorrent la perfidie.

Il est vrai que malgré tous leurs efforts, elles ne sauroient étousser le dragon furieux, cet éternel ennemi de la Religion, qui précipite du Ciel les étoiles, & dont la bouche impure vomit sur la terre un torrent de livres impies : mais faut-il pour cela, dans l’accès d’une douleur aveugle, imputer aux Lettres les crimes de ce monstre ? L’ignorance est-elle donc la seule compagne de l’innocence & de la probité ? Pourquoi charger les Lettres de nos propres vices, nous qui savons qu’il n’est pas même permis de flétrir en les appliquant à d’indignes usages ? Les traiter de séductrices, vouloir les condamner à périr, n’est-ce pas imiter l’égarement d’un furieux, qui prenant son médecin pour un empoisonneur, se jette sur lui, & veut lui enfoncer le poignard dans le sein ? Quel pronostic moins équivoque de cette barbarie, dans laquelle on craint que nous ne soyons bientôt replongés ! On nous oppose l’exemple des Lacédémoniens. Excellens