Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/52

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modeles, Messieurs ! Acheterons-nous comme eux, par le renoncement aux douceurs & aux commodités de la vie, le droit d’être ambitieux, injustes, adulteres, ennemis de la liberté d’autrui, & nous serons-nous gloire de ressembler à de vils gladiateurs ? Si les loix de Lycurgue contiennent quelque chose de bon, à qui en fut -on redevable si ce n’est aux Lettres ? Ces anciens Romans, dont on évoque les ombres, comme pour nous faire rougir en nous confrontant avec eux, n’avoient-ils rien emprunté de Pythagore & des autres Législateurs de la Grece ? Les Fabricius eux-mêmes, les Curius, les Fabius, puisoient dans les Lettres les notions de la vraie vertu. Cet amour de la Patrie dont on leur fait tant d’honneur, qu’étoit-il chez eux, si vous en exceptez un très-petit nombre, sinon l’injuste conspiration d’un Peuple de Soldats qui aspiroit à la conquête de l’Univers ; le sentiment d’une ambition effrénée, qui enivrée par ses succès donnoit aux nations vaincues autant de tyrans, que Rome avoit de citoyens ? Auroient-ils été capables de ce désintéressement dont notre auguste Souverain a donne de si belles leçons à ses alliés & à ses ennemis mêmes ? Si les Spartiates, ainsi que les Romains avoient eu autant d’amour que lui pour l’équité ; s’ils avoient cherché à commander aux hommes plutôt par la sagesse des loix que par la forcé des armes ; si leur Sénat s’étoit constamment appliqué à devenir pour les autres Nations un modele de modestie & de bonne foi, nous leur accorderions volontiers les éloges que nous refusons au masque de la vertu : mais en supposant qu’ils auroient pris la vraie vertu pour guide, il ne faut pas croire qu’ils l’eussent fait sans le secours des Lettres.