Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/513

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LETTRE XXI. À M. LE COMTE DES CHARMETTES.

À Venise, ce 24 Septembre 1743.

Je connois si bien, Monsieur, votre générosité naturelle que je ne doute point que vous ne preniez part à mon désespoir, & que vous ne me fassiez la grace de me tirer de l’état affreux d’incertitude où je suis. Je compte pour rien les infirmités qui me rendent mourant, au prix de la douleur de n’avoir aucune nouvelle de Madame de Warens ; quoique je lui aye écrit depuis que je suis ici, par une infinité de voies différentes., Vous connoissez les liens de reconnoissance & d’amour filial qui m’attachent à elle ; jugez du regret que j’aurois à mourir sans recevoir de ses nouvelles. Ce n’est pas sans doute vous faire un grand éloge que de vous avouer, Monsieur, que je n’ai trouvé que vous seul à Chambéry capable de rendre un service par pure générosité ; mais c’est du moins vous parler suivant mes vrais sentimens que de vous dire que vous êtes l’homme du monde de qui j’aimerois mieux en recevoir.

Rendez-moi, Monsieur, celui de me donner des nouvelles de ma pauvre maman ; ne me déguisez rien, Monsieur, je vous en supplie, je m’attends à tout, je souffre déjà tous les maux que je peux, prévoir, & la pire de toutes les nouvelles pour moi c’est de n’en recevoir aucune. Vous aurez la bonté, Monsieur, de’m’adresser votre lettre sous le pli de quelque correspondant de Geneve, pour qu’il me la fasse parvenir ; car elle ne viendroit pas en droiture.