Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/569

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avoir remercié quoiqu’un peu tard, avant votre voyage de Paris ; mais depuis votre retour à Lyon, votre lettre a été pour moi votre premier signe de vie, & j’en ai été d’autant plus charmé que j’avois presque cessé de m’y attendre.

En apprenant les changemens survenus à Lyon, j’avois bien préjugé que vous vous regarderiez comme affranchi d’un dur esclavage, & que dégagé de devoirs, respectables assurément, mais qu’un homme de goût mettra difficilement au nombre de ses plaisirs, vous en goûteriez un très-vif à vous livrer tout entier à l’étude de la nature, que j’avois résolu de vous en féliciter. Je suis fort aise de pouvoir du moins exécuter après coup & sur votre propre témoignage, une résolution que ma paresse ne m’a pas permis d’exécuter d’avance, quoique très-sûr que cette félicitation ne viendroit pas mal-à-propos.

Les détails de vos herborisations & de vos découvertes m’ont fait battre le cœur d’aise. Il me sembloit que j’étois à votre suite, & que je partageois vos plaisirs ; ces plaisirs si purs, si doux, que si peu d’hommes savent goûter, & dont parmi ce peu là, moins encore sont dignes, puisque je vois avec autant de surprise que de chagrin ; que la botanique elle-même n’est pas exempte de ces jalousies, de ces haines couvertes & cruelles qui empoisonnent & déshonorent tous les autres genres d’études. Ne me soupçonnez point, Monsieur d’avoir abandonné ce goût délicieux ; il jette un charme toujours nouveau sur ma vie solitaire. Je m’y livre pour mois seul, sans succès, sans progrès, presque sans communication, mais chaque jour plus convaincu que les loisirs livres a la contemplation