Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/576

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Madame de Warens doit juger de votre procédé. N’est-il pas bien surprenant, bien bisarre ? pardonnez-moi ce terme. Depuis six mois que vous ai-je demandé autre chose que de marquer un peu de sensibilité a Madame de Warens pout tant de graces, de bienfaits dont sa bonté m’accable continuellement ; qu’avez vous fait ? Au lieu de cela vous avez négligé auprès d’elle jusqu’aux premiers devoirs de politesse & de bienséance. Le faisiez-vous donc uniquement pour m’affliger ? Vous vous êtes en cela fait un tort infini ; vous aviez affaire à une Dame aimable par mille endroits & respectable par mille vertus ; joint à ce qu’elle n’est ni d’un rang ni d’une passe à mépriser ; & j’ai toujours vu que toutes les fois qu’elle a eu l’honneur d’écrire aux plus grands seigneurs de la Cour & même au Roi, ses lettres ont été répondues avec la derniere exactitude. De quelles raisons pouvez-vous donc autoriser votre silence ? Rien n’est plus éloigné de votre goût que la prude bigotterie ; vous méprisez souverainement, & avec grande raison, ce tas de fanatiques & de pédans chez qui un faux zele de religion étouffe tous sentimens d’honneur & d’équité, & qui placent honnêtement avec les Cartouchiens tous ceux qui ont eu le malheur de n’être pas de leur sentiment dans la maniere de servir Dieu.

Pardon, mon cher pere, si ma vivacité m’emporte un peu trop ; c’est mon devoir, d’un côté, qui me fait excéder d’autre part les bornes de mon devoir ; mon zele ne se démentira jamais pour toutes les personnes à qui je dois de l’attachement & du respect, & vous devez tirer de-là une conclusion bien naturelle sur mes sentimens à votre égard.

Je suis très- impatient, mon cher pere, d’apprendre l’état