Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/580

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


pour ma nourriture, soit pour mon habillement, soit encore pour fournir aux frais de l’étude. Mettons le cas aussi que le commerce eût été mon but, outre mon entretien, il eût fallu payer un apprentissage, & enfin trouver un fonds convenable pour m’établir honnêtement : les frais n’eussent pas été beaucoup moindres pour le choix d’un métier ; il est vrai que je savois déjà quelque chose de celui de graveur ; mais outre qu’il n’a jamais été de mon goût, il est certain que je n’en savois pas à beaucoup près assez pour pouvoir me soutenir, & qu’aucun maître ne m’eût reçu sans payer les frais d’un assujettissement.

Voila, suivant mon sentiment, les cas de tous les différens établissemens dont je pouvois raisonnablement faire choix ; je vous laisse juger a vous-même, mon cher pere, s’il a dépendu de moi d’en remplir les conditions.

Ce que je viens de dire ne peut regarder que le passé. À l’age où je suis, il est trop tard pour penser à tout cela, & telle est ma misérable condition, que quand j’aurois pu prendre un parti solide, sous les secours nécessaires m’ont manqué ; & quand j’ai lieu d’espérer de me voir quelque avance, le tems de l’enfance, ce tems précieux d’apprendre, se trouve écoulé sans retour.

Voyons donc à présent ce qu’il conviendroit de faire dans la situation où je me trouve : en premier lieu, je puis pratiquer la musique que je sais assez passablement pour cela : secondement, un peu de talent que j’ai pour l’écriture, (je parle du style) pourroit m’aider a trouver un emploi de secrétaire chez quelque grand seigneur : enfin, je pourrois, dans quelques