Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/581

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années, & avec un peu plus d’expérience, servir de gouverneur à des jeunes gens de qualité.

Quant au premier article, je me suis toujours assez applaudi du bonheur, que j’ai eu de faire quelque progrès dans la musique pour laquelle on me flatte d’un goût assez délicat ; & voici, mon cher pere, comme j’ai raisonné.

La musique est un art de peu de difficulté dans la pratique, c’est-à-dire, par-tout pays on trouve facilement à l’exercer ; les hommes sont faits de maniere qu’ils préférent assez souvent l’agréable a l’utile ; il faut les prendre par leurs foibles & en profiter, quand on le peut faire sans injustice ; or, qu’y a-t-il de plus juste que de tirer une contribution honnête de son travail ? La musique est donc de tous les talens que je puis avoir, non pas peut-être à la vérité celui qui me fait le plus d’honneur, mais au moins le plus sûr quant à la facilité ; car vous conviendrez qu’on ne s’ouvre pas toujours aisément l’entrée des maisons considérables ; pendant qu’on cherche & qu’on se donne des mouvemens, il faut vivre ; & la musique peut toujours servir d’expectative.

Voilà la maniere dont j’ai considéré que la musique pourroit m’être utile : voici pour le second article qui regarde le poste de secrétaire.

Comme je me suis déjà trouvé dans le cas, je connois à-peu-près les divers talens qui sont nécessaires dans cet emploi ; un style clair & bien intelligible, beaucoup d’exactitude & de fidélité, de la prudence à manier les affaires qui peuvent être de notre ressort, & par dessus tout un secret inviolable ; avec ces qualités on peut faire un bon secrétaire. Je puis me