Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/592

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de vous dire, Mademoiselle, que j’ignorois les fautes qui avoient pu me rendre coupable à ses yeux, mais jusqu’ici la crainte de lui déplaire m’a empêché de prendre la liberté de lui écrire pour me justifier ou du moins pour obtenir par mes soumissions, un pardon qui seroit dû à ma profonde douleur, quand même j’aurois commis les plus grands crimes. Aujourd’hui, Mademoiselle, si vous voulez bien vous employer pour moi, l’occasion est favorable, & à votre sollicitation elle m’accordera sans doute la permission de lui écrire ; car c’est une hardiesse que je n’oserois prendre de moi-même. C’étoit me faire injure que demander si je voulois qu’elle fût mon adresse ; puis-je avoir rien de cache pour une personne à qui je dois tout ? Je ne mange pas un morceau de pain que je ne reçoive d’elle ; sans les soins de cette charitable Dame, je serois peut-être déjà mort de faim, & si j’ai vécu jusqu’à présent, c’est aux dépens d’une science qu’elle m’a procurée. Hâtez-vous donc Mademoiselle je vous en supplie ; intercédez pour moi, & tâchez de m’obtenir la permission de me justifier.

J’ai bien reçu votre lettre datée du 21 Novembre adressée à Lausanne, J’avois donne de bons ordres, & elle me fut envoyée sur-le-champ. L’aimable Demoiselle de G * * *. est toujours dans mon cœur & je brûle d’impatience de recevoir de ses nouvelles ; faites-moi le plaisir de lui demander au cas qu’elle soit encore à Anneci, si elle agréeroit une lettre de ma main. Comme j’ai ordre de m’informer de M. Venture, je serois fort aise d’apprendre où il est actuellement ; il a eu grand tort de ne point écrire M. son pere, qui est fort en peine de lui ; j’ai promus de donner de ses nouvelles dès que j’en saurois