Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/603

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dans tous mes défauts de quoi justifier votre insensibilité pour moi : mais ne croyez pas que je vous taxe d’être insensible en effet ? Non, votre cœur n’est pas moins fait pour l’amour que votre visage. Mon désespoir est que ce n’est pas moi qui devois le toucher. Je sais de science certaine que vous avez eu des liaisons ; je sais même le nom de cet heureux mortel qui l’art de se faire écouter ; & pour vous donner une idée de ma façon de penser, c’est que l’ayant appris par hasard, sans le rechercher, mon respect pour vous, ne me permettra jamais de vouloir savoir autre chose de votre conduite que ce qu’il vous plaira de m’en apprendre vous-même. En un mot ; si je vous ai dit que vous ne seriez jamais religieuse, c’est que je connoissois que vous n’étiez en aucun sens faite pour l’être ; & si comme amant passionné, je regarde avec horreur pernicieuse résolution ; comme ami sincere & comme honnête homme, je ne vous conseillerai jamais de prêter votre consentement aux vues qu’on a sur vous à cet égard ; parce qu’ayant certainement une vocation toute opposée, vous ne seriez que vous préparer des regrets superflus & de longs repentirs. Je vous le dis, comme je le pense au fond de mon ame& sans écouter mes propres intérêts. Si je pensois autrement je vous le dirois de même ; & voyant que je ne puis être heureux personnellement, je trouverois du moins mon bonheur dans le vôtre. J’ose vous assurer que vous me trouverez en tout la même droiture & la même délicatesse ; & quelque tendre & quelque passionné que je sois, j’ose vous assurer que je fais profession d’être encore plus honnête homme. Hélas ! Si vous vouliez m’écouter ; j’ose dire que je vous serois connoître